RECITS DE NAVIGATEUR

Marc, on imagine les moments difficiles ou angoissants que peut traverser un navigateur sur son embarcation. Quel a été le moment le plus marquant pour toi ?

Je me souviens d'un moment assez angoissant au cours de l'été 2015. J'avais pour ambition de participer à la GENERALI SOLO. Pour qualifier ma participation, les organisateurs m'avaient demandé de réaliser un parcours en solitaire de 350 miles. Au mois d'août, j'ai embarqué sur FIGARO à la Grande Motte pour un tour des Baléares puis retour vers la Grande Motte : une virée solo de 5 jours.

Les Bretons sont parfois moqueurs à l'égard de notre Méditerranée mais elle réserve souvent des surprises, dont elle seule a le secret et son imprévisibilité est parfois beaucoup plus sournoise que les conditions trouvées sur l'Atlantique.

Le voyage aller s'est passé à merveille, je remontais au près sans grandes difficultés. A la fin du tour des Baléares, une tempête était annoncée, notamment autour du Cap de Creus, réputé pour sa difficulté. En effet, vers 2 heures du matin, par nuit noire sans lune, les vagues se sont formées de plus en plus grosses, de plus en plus hautes. Le vent était de plus en plus fort et les galères techniques sont venues compliquer sérieusement mon retour. La grande voile s'est déralinguée, m'obligeant à m'abriter dans des petits criques pour procéder aux réparations tant bien que mal.

Je n'étais pas au bout de mes peines. J'avais beau prendre des ris, le FIGARO se faisait mal-mener par la violente tempête : plus d'électronique à bord, plus de pilote automatique... Le retour fût long et fatigant. La vigilance dans ce genre de situation est à son comble. C'était ma première sortie au large en solitaire, je m'en souviendrai !

Les erreurs humaines en mer sont inévitables. Y'a-t-il un événement que tu regrettes particulièrement ?

Oui, la voile comme beaucoup de sport nécessite des prises de décision rapides. On dit souvent qu'il vaut mieux prendre une mauvaise décision à temps, plutôt qu'une bonne décision trop tard... Dans les deux cas, les conséquences peuvent être dramatiques. Sur la première nuit de la GENERALI SOLO 2015 entre Sète et Nice, j'ai eu un problème technique avec le spi. De manière complètement impulsive, j'ai grimpé au mât en pleine nuit, sans système de sécurité et sans avoir prévenu personne de mes difficultés. Pas d'accident fort heureusement mais c'était une sacrée imprudence de ma part !!!

Terminons notre interview en beauté, raconte-nous ton meilleur souvenir...

Alors comment ne pas évoquer mon arrivée dans la baie de Rio de Janeiro... Au mois d'août 2014, j'ai été sélectionné pour les test events des Jeux Olympiques en double. Instant absolument magique mais cela va vous surprendre : je garde un souvenir encore plus intense ! Je veux parler de mon arrivée sur ma première GENERALI SOLO.

En effet, ce jour-là, mes rêves d'enfant prenaient enfin forme. Les récits de course au large que j'avais pu lire étant adolescent, devenaient réalité. C'est assez étrange, mais ce sentiment n'est pas apparu pendant la course, j'imagine, à cause de la concentration que requière ce genre d'épreuve. On n'a pas vraiment le temps de se dire : "Ça y est, j'y suis !".

C'est vraiment à l'arrivée que la magie a opéré. Ma famille était là. C'est à ce moment-là que je me suis dit : "Pas de doute, je ne me suis pas trompé, c'est vraiment la course au large qui me fait vibrer !". Ce fût un moment très fort, les astres s'étaient enfin alignés...

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